Politique

Publié le

Vanneste: le premier mensonge

Drôle d'exercice que celui auquel doit se plier l'éditorialiste quand il sait d'avance que les jeux sont faits. Même si j'écris ces lignes la veille du premier tour des élections législatives, je connais comme vous (qui me lisez après le second) le résultat. Seule l'ampleur de la victoire des candidats sarkozystes reste encore une énigme pour moi. Mais nous n'avons pas besoin de connaître l'épilogue pour relever la première contradiction grave entre les actes de Nicolas Sarkozy président et les déclarations de Sarkozy Nicolas candidat. La rupture promise par l'homme de l'Élysée serait-elle ailleurs? Dans la dixième circonscription du Nord par exemple, où on a assisté à la campagne surréaliste d'un Christian Vanneste triomphant. Un parfait exemple de vieille politique politicarde, faite de grosses ficelles et «d'implantation locale», qui s'autorise aux confins du pays ce qu'elle prétend condamner à Paris. Dans Têtu, en avril, Nicolas Sarkozy disait –le cœur sur la main– tout le mal qu'il pensait des idées de Vanneste, qui rappelons-le juge l'homosexualité «inférieure moralement» à l'hétérosexualité, avec toutes les implications (plus du tout morales celles-là) que cela peut avoir. «Je n'ai rien à voir avec lui, nous disait le futur président. Je condamne ses propos. J'ai moi-même demandé qu'il n'ait pas l'investiture. Et s'il se trouve un candidat qu'on peut investir, je l'investirai. J'en ai un peu assez de ces comportements et de ces déclarations qui caricaturent une famille politique alors que tout mon travail, c'est de l'ouvrir.» L'ouverture, depuis, a bien eu lieu. On se demande d'ailleurs comment Bernard Kouchner s'arrange avec l'histoire Vanneste. Comme beaucoup sans doute, en la minimisant... Les homos, finalement, ce n'est pas si grave. Vanneste aurait dit la même chose sur les femmes, les Juifs, les Noirs ou les Arabes, les défenseurs de la démocratie se seraient tous levés. Mais il est vrai qu'on peut dire des horreurs sur les homosexuels, cela passe presque pour un signe d'indépendance d'esprit. N'en fait-on pas aussi des blagues?
Vanneste était donc bel et bien le candidat de l'UMP. Les tentatives parisiennes pour masquer cette vérité ont été pathétiques. En meeting dans le Nord, François Fillon s'est laissé photographier avec son suppléant, mais le député lui-même a été prié de se planquer pour ne pas permettre aux images de dire ce que le parti voulait cacher. Rappelons que quelques jours plus tôt, Vanneste était à Matignon avec tous les députés UMP sortants... Vanneste est UMP sur son blog, dans ses réunions publiques, et les militants UMP de sa circonscription lui sont entièrement dévoués. Il est même devenu un héros: d'un côté, il se présente en victime du politiquement correct et des «juges rouges», et de l'autre il vante son bilan à l'Assemblé nationale, lui qui a été élu par L'Express «député le plus actif du Nord».
La conclusion de cette tartufferie politicienne est assez transparente. D'abord, loin de faire de la politique autrement, le nouveau pouvoir fait de la communication autrement mieux pensée. Une stratégie politique a été mise en place à l'UMP pour la réélection de Vanneste: trop puissant localement, il ne pouvait pas être exclu. Trop scandaleux natio-nalement, il ne pouvait pas être assumé. D'où l'invention de son indépendance, et le cordon sanitaire placé autour de lui pour lui interdire en fin de compte tout contact avec un responsable national de l'UMP. Ensuite, cette forfaiture ne coûtera rien à court terme à Nicolas Sarkozy, puisque le nouveau gouvernement ne s'attaquera pas avant 2008 aux questions dites de société. Mais le risque de grand écart doctrinal menace cette majorité attrape-tout, dans laquelle les modérés ne seront pas éternellement muets. Actif, Vanneste l'a été et il le sera encore. Il le sera contre la moindre évolution législative en faveur des homos. Le gouvernement devra faire avec cette opposition interne quand viendra le temps de mettre les promesses présidentielles à exécution. Mais comment le gouvernement et la majorité pourront-ils se souvenir l'année prochaine de ce que Nicolas Sarkozy a promis pendant sa campagne, si lui-même l'a déjà oublié?

www.tetu.com

Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :