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« Le nouveau phénomène : la RACAILLE GAY »

Voilà le nouveau phénomène dans les cités françaises :
Les diables en Prada


Des lascars de cité, malgré la culture macho ambiante, s'habillent désormais à la mode homo.
Provoc ou désir d'émancipation ? Enquête sur la pink racaille


Il a les cheveux longs, qui tombent sur les épaules, et une ou deux petites mèches égarées au milieu du visage. Kamel, 26 ans, a enfilé une veste en jean usé de chez Dolce & Gabbana. Tout est dans le chic de son pantalon en velours, discrètement souillé de quelques gouttes de javel éparses au niveau de la cuisse gauche. Et aux pieds, la touche vintage, des Stan Smith blanches de chez blanches, à scratch ( le détail qui tue ). D'autres ajoutent quelques accessoires comme les boucles d'oreilles ( en diamant ), le sac en bandoulière signé Dior ou Calvin Klein, la chevalière en or blanc à l'annulaire ou « la montre à Michou » , énorme et clinquante, pleine de brillants.
Dans des cités réputées machos et homophobes, ces « caillera » n'hésitent pas à afficher un look féminin, loin de l'éternelle capuche et survêt Tacchini dans la chaussette. Mais il ne faut pas se méprendre : ces jeunes cherchent ainsi à plaire aux filles, non aux garçons, et ne sont pas devenus plus tolérants à l'égard des « PD » . Par le vêtement, ils croient avoir trouvé un passeport pour l'extérieur, un moyen d'échapper aux contrôles systématiques, de ne pas se
faire jeter à l'entrée des boîtes de nuit et de ne plus effrayer la « gazelle » .
La vraie classe, c'est de rester dans la juste mesure... Ne jamais perdre la sacro-sainte « bogo-cité » ( un style en soi, celui des beaux gosses de cités ), ne pas verser dans le look « carrément dèpe » ( pédé en verlan ), porter les boucles d'oreilles toujours par paire, sans pour autant se transformer en « sapin de Noël » ( perte totale de crédibilité ). Et de la racaille ne garder surtout que la démarche assurée, le regard direct. Bref, être mâle tout en faisant du bien aux yeux des filles. Voilà la nouvelle « tendancité » : être fashion, quitte à engloutir toutes ses économies - souvent parallèles - dans des marques.

Samy, 24 ans, porte un blouson en cuir noir Armani, coupé droit et près du corps, sur un pantalon en toile qui moule ses fesses. Il a les cheveux courts coiffés en crête discrète sur le haut de son crâne. Comme Kamel, il a grandi dans une longue barre HLM, traîné son ennui le soir au fond de la banlieue nord. Tous deux écoutent Generations, la vraie radio rap. Et Radio FG, la vraie radio gay. Pourtant, des homosexuels, ils disent : « Quand même , faut pas aller contre nature. Nous, on ne peut pas avoir d'amis PD. » Tout en concédant que « les homosexuels sont les meilleurs, question goûts vestimentaires ou musicaux. »
Samy et Kamel troquent l'uniforme de la cité pour un déguisement passe-partout. Ils veulent séduire ailleurs, dans l'opulence des grandes villes. Chez eux, il y a deux catégories de jeunes : « Les barbares, qui restent dans le quartier à fumer des joints, collés aux murs ; et les beaux gosses, qui sortent et se mélangent . » Ils pensent que si le tee-shirt « moulax » ( moulant ) ne fait pas l'homosexuel, le triptyque survêt-baskets-casquette colle malheureusement bien au cliché du jeune-debanlieue-effrayant. « On a compris rapidement que, pour aller en boîte , faut lâcher le look racaille, explique Kamel . Moi, je traîne dans les milieux homosexuels, et les mecs, je les calcule pas. Dans ces endroits-là , ce qui compte, c'est que c'est plein de nanas. Et en gros, le look PD, les meufs, elles aiment ça . »

Le message est bien passé auprès des plus jeunes. Dès 12 ou 13 ans, ils arborent des tee-shirts moule-muscles couleur rose pâle et bleu turquoise, exhibent des boucles de ceinturon qui brillent, s'offrent des Nike Air 180 et choisissent le coloris de la virgule de préférence rose, vert ou jaune. Les voilà qui misent sur l'androgynie, copiant dans la coiffure l'égérie de la métrosexualité : le joueur de foot David Beckham. Dans les cités, on les appelle « les animaux » , parce qu'ils sont « hérisson , iguane ou coq » , selon la coupe. « Cette génération , bien décidée non plus à s'intégrer mais à s'imposer au groupe dominant , trouve reconnaissance aux yeux des autres dans le culte des apparences , confie Catherine Lott-Vernet, présidente de l'agence de marketing Junium, spécialiste des jeunes.
Ils ont l'air de s'habiller comme des homosexuels , mais tout est dans la démarche , qui n'a rien des pas chassés-glissés ... »
La jeunesse masculine des quartiers rompt ainsi avec le virilisme imposé, cette chape de plomb. Elle tente de se libérer du mauvais sort qui la rendait prisonnière à vie de sa seule condition d'enfant de pauvres et issu-de-l'immigration. Comme si, sans cette minirévolution vestimentaire, « il n'y avait aucun moyen de s'éclater , de s'ouvrir sur d'autres possibles » , sourit Kamel. Pour Daniel Welzer-Lang, sociologue à l'université de Toulouse-Le Mirail et spécialiste de l'identité masculine, cette nouvelle tendance est le signe que les garçons des quartiers « reprennent leur liberté sur le genre, se démarquent de l'image traditionnelle virile et homophobe qui ne permet plus à personne de trouver une jolie petite femme. Pour autant, l'homophobie dans les cités reste très forte ». Comme quoi les apparences sont trompeuses.

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