Décryptage

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La sexualité ... Un choix ou un destin ?

Peut-on discerner au sein de nos multiples déterminismes bio-psycho-sociaux la part de liberté qui nous permettrait de choisir notre orientation sexuelle? Mission impossible...

Mission impossible sans doute que celle qui nous engagerait à discerner au sein des multiples déterminismes bio-psycho-sociaux qui s'imposent à nous la part de liberté qui nous permettrait de choisir notre orientation sexuelle. L'homosexualité minoritaire interpelle à ce niveau la majorité hétérosexuelle qui répond plus souvent par le déni, la stigmatisation ou le mépris que par l'accueil de l'autre parmi nous (en nous?) avec un minimum de préjugé. A ce propos nous retiendrons que le plus répandu des préjugés consiste à croire qu'on puisse n'en avoir point! En route donc pour une mission impossible.

Pour certains militants gays, surtout aux USA, l'homosexualité est un «destin» qui marque biologiquement les humains porteurs de cette différence. Il conviendrait donc de les reconnaître et de leur permettre de vivre au mieux selon leur «nature». Dans cette perspective «biologisante» controversée, il serait même conseillé de les dépister précocement et de les orienter pédagogiquement dans leur voie spécifique afin de leur éviter un douloureux questionnement personnel et un dévoilement tardif si souvent traumatisant pour la famille et l'entourage...

Cette option naturaliste a des antécédents ridicules (Montazagga, anatomiste distingué qui décrit en 1932 un trajet nerveux génital spécifique aux homosexuels) ou tragiques (l'obsession des médecins nazis qui traquaient les stigmates anthropométriques des homosexuels avant de les envoyer aux fours crématoires), mais elle n'a jamais totalement disparu. Des scientifiques contemporains renommés ont cru découvrir des différences hypothalamiques (Le Vay) ou génétiques (Hamer) spécifiques aux homosexuels. Curieusement ces études ne portent que sur l'homosexualité masculine comme si la féminine ne posait pas question. Elles datent des années 90 et n'ont pas été confirmées par d'autres chercheurs.

Cette option radicalement «essentialiste» contemporaine, renforcée par certains psychologues du développement qui croient pouvoir repérer cette orientation très précocement, conduit les homosexuels à revendiquer le droit à leur différence jusqu'au plus intime de leur chair. On voit bien cependant que cette position - qui peut être comprise comme une réaction à une stigmatisation séculaire - ne laisse pratiquement aucune place à l'influence du milieu et de l'histoire singulière de chacun et encore moins à la liberté individuelle.

De nombreux homosexuels, hommes et femmes, refusent d'être ainsi définis à partir de leur orientation sexuelle et considérés presque comme une espèce humaine particulière. Ils rejoignent une option plus culturaliste constructiviste qui part de la bisexualité originelle des humains (qui est d'ailleurs bien présente chez les primates quand les éthologistes ne refusent pas d'ouvrir l'oeil et le bon...) qui refoulent et nient généralement une de leurs deux orientations sous l'influence de la famille, de l'éducation, de la société.

On constate - et on comprend aisément que c'est une question de survie pour les groupes humains - que toutes les cultures ont favorisé l'orientation hétérosexuelle reproductive mais que l'homosexualité est restée présente partout avec des statuts variables selon les lieux et les époques. L'orientation homosexuelle féminine est plus difficile à cerner par les historiens et les anthropologues mais ces chercheurs en sciences humaines ont montré, parmi bien d'autres éclairages pertinents sur cette question, que l'homosexualité masculine est intégrée aux rites initiatiques de Nouvelle-Guinée, qu'elle fut une composante importante de l'éducation civile et militaire en Grèce antique et qu'elle reste un élément clé de la construction du virilisme machiste du bassin méditerranéen.

Chez nous son statut va du ridicule de la «Cage aux folles» au sordide de la sexualité anonyme des backrooms, du visa pour une vie d'artiste au militantisme communautariste qui prend le risque de remplacer les placards par des ghettos... dont il faudra quand même sortir pour apprendre à vivre ensemble.

Il y a de la place pour la diversité dans la cité des hommes et des femmes, en équilibre entre le chaos indifférencié et l'encagement forcé dans des catégories figées, comme il y a de la place dans chaque coeur humain entre un destin à assumer et un choix à poser dans la faible marge de liberté qui lui est offerte.

Nous devrons sans doute apprendre à ne plus attribuer à quiconque une identité à partir de ses pratiques sexuelles. Cette position de principe nous aiderait à dissoudre l'homophobie latente qui règne encore dans nos coeurs et nos cités. Elle éviterait sans doute aux ados et aux jeunes adultes de croire, comme le discours convenu les y incite, qu'ils doivent choisir définitivement leur camp - homos ou hétéros? - à partir de leurs premières expériences affectives et sexuelles.

Le combat contre les catégorisations stigmatisantes n'est gagné sur aucun front et il est bon que les lois soient souvent meilleures que nos coeurs à ce niveau. Notre fond raciste (qui le niera?) est affaibli par le fait que dans notre pays, aucune notion d'appartenance ethnique n'est tolérée dans une offre d'emploi ou de logement. Il y a quelques années, l'Union Européenne a imposé à la Grèce la suppression de la mention d'appartenance religieuse sur la carte d'identité de ses citoyens.

Nous trouvions scandaleusement stigmatisant ce qu'ils considéraient comme normal. Il en sera peut-être de même un jour pour la catégorie du genre. Etre «mâle» ou «femelle» relèvera de la sphère privée et nous trouverons scandaleusement discriminant de voir figurer sur nos papiers d'identité la mention «Sexe M ou F» qui est d'ailleurs déjà illégale, sauf exception, sur les offres d'emploi. Nous serons simplement des humains, tous semblables et tous différents...

Utopie? Pas si sûr. Observons ces modifications législatives récentes qui semblent organiser le mariage homosexuel et sans doute bientôt l'homoparentalité. En fait le législateur a simplement supprimé la pertinence de la notion de genre/sexe pour l'accès au mariage et à l'adoption qui deviennent donc accessibles à tous les couples quels qu'ils soient. Il y a donc bien un glissement - pour certains c'est une dérive - vers la disparition de cette catégorisation hommes/femmes qui nous paraît tellement essentielle que nous avons peine à penser qu'elle puisse disparaître du domaine public pour devenir une affaire privée.

Souvenons-nous que penser sans catégories blancs/noirs était impossible pour les planteurs de coton aux Etats-Unis il y a moins d'un siècle, que les clivages orthodoxes/autres religions étaient incontournables pour les Grecs des années 70 et qu'il n'y a guère plus de vingt ans la différence Madame/Mademoiselle pour une femme adulte était essentielle alors qu'elle nous paraît ringarde ou injurieuse aujourd'hui!

L'humanité pourra-t-elle transcender la différence des sexes pour le meilleur et sans le pire? Faut-il suivre ceux pour qui cette différence apparaît comme un socle irréfutable et indispensable à notre humanisation ou ceux qui sont enclins à penser que le propre de l'humain est justement de créer sans cesse une société inédite pour y vivre? Ne refermons pas cette question pas plus que celle qui est ouverte par le titre de cette chronique. Comme nos vies, elles sont inconfortables mais passionnantes, entre destin et liberté comme les deux constantes de l'aventure humaine qui se construit à tâtons.

Tâtonnons-nous donc les uns les autres !

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