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Pour Bachar, notre ami assassiné en Irak

Rami et Kamal, un couple gay en Irak, obligé de vivre caché. Photo: CNN.

Désolés, on va plomber l'ambiance: aujourd'hui, c'est l'oraison funèbre, à Londres, de Bachar.
C'était l'un de nos principaux informateurs en Irak, «sur le terrain», comme on dit bêtement, pour ne pas avoir à dire «dans la merde».
On savait qu'on pouvait compter sur lui pour qu'il nous raconte, grâce à un réseau compliqué et souterrain, avec mille précautions, la réalité des assassinats d'homosexuels — plus de 400 depuis l'invasion américaine de 2003. Il a été buté par des islamistes, après qu'un journaliste «occidental» un peu con, ou auquel Bachar faisait un peu trop confiance, a été trop précis dans la description de son interlocuteur.

Bachar, c'était l'un de ces nombreux homosexuels qui risquent leur vie pour permettre aux journalistes de faire leur métier. C'est pour cela que, parfois, on reste un peu vagues dans ce qu'on écrit dans Têtu, pour «protéger nos sources», comme le veut la formule. Être responsable de la mort de quelqu'un, c'est personnellement ma hantise depuis des années.

L'occasion pour nous de rappeler que Têtu a mis en place un réseau mondial très précieux qui nous permet de rappeler qu'on meurt encore, parce qu'on est homosexuel, dans des pays comme l'Iran ou l'Irak. Les personnes qui nous informent sont des gens fiables, avec qui nous avons tissé des liens qui datent, et dont nous vérifions toujours les informations, ce qui nous permet d'être crédibles auprès des grands médias, du personnel diplomatique et politique, mais aussi du grand public.

C'est ça aussi Têtu, et c'est pour ça que je me permets de prendre la plume aujourd'hui sur ce nouveau blog qui devrait casser le côté «tour de verre» qu'on reproche parfois à la rédaction, car on attaque souvent le magazine, comme les féminins d'ailleurs (cherchez l'erreur) sur sa frivolité, son parisianisme, ses mecs bien gaulés, comme s'il fallait les cacher ou avoir honte de ce qu'on est.

Non, la vie à Têtu, ce n'est pas que parler de beaux garçons, des derniers plans cul ou des afters parigos —on en tchatche aussi, on va pas se la raconter— mais c'est souvent des mauvaises nouvelles qui nous parviennent, des journées qui commencent mal quand tombent les derniers chiffres du sida dans le monde, ou quand le téléphone sonne pour nous informer d'un meurtre quelque part en France.

Alors on rend hommage à Bachar aujourd'hui, en ayant une pensée d'amitié pour celui qui va prendre sa place dans le réseau en Irak. On pense aussi à nos autres contacts en Russie, en Iran, en Afrique, en Amérique du Sud. Ils comptent sur nous, non pas pour les sortir de la merde, mais pour qu'au moins, on parle d'eux. «Parlez de nous!» est la chose que tout journaliste de Têtu en reportage dans des pays homophobes entend systématiquement. Car face aux «grands problèmes de ce monde», les tracas des «minorités sexuelles» ici ou là paraissent bien secondaires aux yeux de nombre de journalistes.

Merci aux lecteurs qui achètent le magazine et nous permettent de financer des recherches, des reportages sur le terrain et des enquêtes difficiles et qui font que Têtu —c'est véritablement l'exploit dont on est le plus fier— est connu des homosexuels aux quatre coins du monde. Pour un journal francophone, franchement, c'était pas gagné!

Blaise Gauquelin, journaliste Proche et Moyen-Orient, Est de l'Europe

www.tetu.com
Le blog de la rédaction de TÊTU

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